• Ecrit de janvier 2019 – Croisements –

Il m’arrive quelquefois d’être submergée d’émotion, quand au volant de ma voiture, coincée dans les bouchons matinaux, ou les embouteillages de la ville, la conscience me revient de toutes ces vies que je croise, que je frôle, qui se croisent, qui se frôlent.

Il y a aussi les vies que je heurte. Et quand elles se heurtent les vies, quand elles se cognent à la mienne, je fuis.

Souvent, je sens quelque chose en moi se refermer d’un coup et une envie subite me prend de disparaître, non dans la mort mais dans un effacement profond, un long brouillard anglais.

Fog : brume, manteau enveloppant, nuage, obscurité, absence de clarté.

Souvent, quand ce sentiment d’errance, cette perte de repère me guettent, mon coeur et mon âme déconnectent, je ne suis plus l’humaine de personne, je rentre chez moi, et pieds nus, coeur nu, yeux fermés, je danse. Je tourne et tourbillonne et la musique est très forte, tant pis pour les voisins puisque je suis perdue !

Danse ! Me souffle la musique [ Fog – Jabberwocky Lunar Lane]

Le monde tourne, la vie est un perpértuel caroussel en mouvement, toujours la même musique, choisir une place puis une autre. Le panneau d’affichage du parking passe de LIBRE à COMPLET à LIBRE, jamais la même voiture n’en sort, jamais la même n’y entre et pourtant le mouvement lui, est unique, il est perpétuel et cette course folle m’effraie.

Je danse sur le tapis, pieds nus toujours pour mieux sentir le sol sous mon corps, ressentir mon corps tourner sur lui-même dans cette folie humaine, cette marée, cette avalanche de mouvement.

Je ferme les yeux et sens vibrer en moi encore, la foule mouvante qui persiste, les gens qui entrent et sortent de la librairie,et de toutes ces boutiques, de chez eux, du sommeil, les voitures affolées et le passage des trains et dans chacun d’eux, une vie qui tourne, une vie entière, des coeurs qui battent, une vie qui passe à vitesse folle, une vie comme ça, comme une fraction de seconde, passée, présente , et pfiou, effacée.