Changeante La Femme S'aimer Se voir

Changeante

L’automne est là. Il succède à ce drôle d’été, qui lui-même a remplacé un printemps râté, un printemps que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

Le temps s’évapore, les dos se courbent sous la pluie, se couvrent sous le vent. C’est changeant, c’est nouveau, c’est normal. Et malgré les nouvelles oppressantes, c’est rassurant, ce monde qui tourne encore. Ces feuilles qui ploient sous les gouttes de septembre.

Je me suis longtemps trouvée changeante dans le mauvais sens du terme. Une mouvance non assumée, des reproches entendus, des vagues vaguelettes ou ravageuses, un sentiment de ne jamais être la même. A m’en vouloir beaucoup. Là, une qui semble parfaitement à l’aise dans ses vêtements, comme si c’était du sur-mesure; là, un qui aime sa vie telle quelle est , tout lui convient, sa maison, son boulot, ses sorties ; Ici, un autre qui change de vie sans sourciller…..ces autres qui savent et semblent se connaître parfaitement et moi, je fais quoi ? Ils savent, un jour et le lendemain pareil…..

Ici, il pleut un jour et le lendemain plus rien. Il blanc et puis noir soudainement. Il Yin et yang en permanence. Il chaud et froid. N’est ce pas comme ça pour tout le monde ? Peut-être pas…

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Quelquefois, mon cœur s’étire vers une grande liberté d’expression, je danse, je vole, je dessine, j’ai des idées par milliers, je suis légère, heureuse, créative, je pourrais partager au monde entier cette sensation de richesse intérieure, le monde est là et tout ce qu’il nous offre….oh la la. Je voudrais le dire !!!

Soudain, je suis étrangère à la terre et au monde entier. Fatiguée usée repliée. J’ai froid et besoin de silence. C’est un Non conséquent à tout, sauf une bulle bien à moi, le velours d’une salle de ciné, l’odeur de papier d’une librairie.. la porte fermée à clé d’une salle de bain, le cocon de mon bureau, ma chambre à moi et même, si je peux, des jours seule. Usée soudainement d’une forme, d’une route, d’une habitude, d’un paysage. Besoin d’ailleurs.

Le lendemain encore, point d’affaissement ni de désarroi. Juste un calme profond, un silence Une tranquillité inattendue. Rien de haut, rien de bas . Sereine. Le temps qui s’écoule. La vie en progression, je vais bien. Tout va bien.

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Il y a ce banc de bois, bricolé au printemps qui trône dans le jardin sous le grand ciel. Ces heures assise là sous la danse haute et lente des aigles et celle plus dissipée des hirondelles ( elles se disputent sans arrêt non ?!!). Ces livres lus, ces mots ancrés, ces idées nées de cela, du temps précieux de ces derniers mois.. un cadeau. J’avais l’idée de graver sur le dossier quelques mots importants, quelques mots rassurants, un peu de poésie, de lettres dans mon jardin. Des mots qui disent combien ce calme me plaît,et le ciel, et les arbres, les fleurs, les papillons, les livres. Combien cela me semble juste.

Et puis, soudain, je n’en peux plus. Tout devient lourd. Le jardin, ridicule. Le Ciel, trop grand. Je veux des routes, des voix, des films, des rues, des passants, des cafés, des voyages en train, de la musique, du brillant, du bruit. Et tout cela, c’est moi aussi.

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Une part sombre, une part lumineuse. Une part de doute. Une part de sûreté. Une part joyeuse, une part chagrine. Une part enjouée, une part fatiguée.

« Je suis changeant. Nous sommes changeants. Le monde est changeant. La seule chose qui ne changera jamais, c’est que tout change, tout le temps », écrit E.Carrere dans Yoga.

Oui ! Tout change constamment et c’est la seule réalité. La seule chose dont il ne faut pas avoir honte ou peur. Dont il ne faut pas s’en vouloir.

J’aime ce côté sensible de la vie, et les surprises qui se cachent derrière le constant imprévu de mes jours. J’ai appris à m’aimer inconstante. A nager dans mes vagues, à les apprendre et les anticiper. A faire avec, m’en ajuster. Cette part de moi. Entière. J’écrirai tous les jours, et posterai douze photos pendant des semaines, et puis l’instant, j’oublierai, occupée ailleurs, lassée, écoeurée. Avant de revenir, tel le ressac. Je me laisse emporter par le courant, je ne lutte plus, il me ramène à terre, après la dernière vague.

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Je suis cette femme là. Ni une. Ni mille. Moi toute seule, mouvante, changeante, vivante, entre les âges, les saisons, les humeurs. En accord avec l’inconstance et la multitude qui m’habitent en même temps. Plurielle comme l’a dit joliment Ingrid. Changeante mais sûre. Acceptant ce qui serait un défaut aux yeux du monde, comme un habit rare et précieux, dont je dois prendre soin.

Je suis cette femme à l’avenir inconnu. Cette femme qui cherche. Plus celle d’hier. Pas la même que demain. Et c’est bien.

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