La Femme S'aimer

Pleine de Soi-même

J’ai longtemps cru n’appartenir à personne, et puis un jour, j’ai compris. Et j’ai eu envie de le dire

Cenina

Longtemps, j’ai eu cette sensation de n’appartenir à personne. Fierté d’une liberté prônée, c’était le cas, j’échappais à tout, je ne m’engageais à rien, de peur de ne jamais pouvoir m’en défaire, au cas où. Un pied dehors, sait-on jamais, le danger flairé partout, « le danger, comme écrit Lola Lafon dans son Chavirer, que j’entame ce matin, a l’haleine tiède d’un animal assoupi« .

CHAVIRER / Se retourner sens dessus dessous

Participer, ok, mais me donner entièrement sûrement pas. Je veux pouvoir partir, reprendre mon souffle, changer d’avis, faire marche arrière, si quoique ce soit ne me convient pas.

Fini la maison enfermée, les privations de sortir, la chambre vide de son, de liens, d’amour, de vie même. L’enfance grise. Fini de réagir au son du téléphone, au bruit de la sonnette comme une mise à mort annoncée. Fini de croire avidement aux paroles divines de ceux qui ont pensé leur monde et par filiation le mien, comme une furie destructrice.

**

Et puis.

Je suis sortie, j’ai regardé le monde, il m’a anéantie.

Cognée.

Trop de gens, trop d’espace, trop de bruits, trop d’horaires, trop de risques, trop de peurs, bien trop de peur pour mon corps frêle, soumis soudain à la nouveauté de ce « parmi« . J’étais une parmi d’autres, une parmi tous, une toute petite. Fragile, tangeante, inexistante. Cette vie était trop grande, si vaste de hasards, de possibles mais de chutes.

J’ai appris à fermer la porte derrière moi, poser mes pas dans ces espaces sans murs, le regard toujours bas, pas de risque, pas de risque. J’ai marché, tremblante dans des rues proches du bord, longé la rive, tenue le bras solide de celui qui avait tout compris. J’ai renoncé souvent. Me niche encore très fréquemment dans le rassurant moelleux de mon lit, dans la chaleur d’une maison-mère, ventre chaud, dans les risques des autres, mes livres heureux et toutes ces histoires d’aventure à vivre par procuration.

J’ai parlé, expliqué, raconté et compris ce que l’isolement et le son coupé avaient engendré de peur chez moi. Une grande et intense peur d’exister.

Nom caché, vie cachée, écriture masquée.

Et l’ironie de cette vie rusée, moi coupée en deux, moi quarante ans, et le temps qui s’échappe, j’ai décidé soudain que ça suffisait bien.

**

C’est le jardin qui m’a conté que je devais m’appartenir à moi. Les pages lues au printemps, sous le soleil neuf, dans les feuilles naissantes, les bourgeons, les abeilles.Le temps soudain tout lent, les mots notés, déposés là comme de précieux diamants, entre des pages lisses de Moleskine, le voile des matins brumeux, la vapeur de tous ces thés savourés, le passage langoureux des chats sur les dalles brûlantes de la terrasse et ceux fulgurants d’un merle dérangé par mes pas de réflexion, quand il me frôlait d’un vol brut en sortant de la haie, question de territoire ! Mais ici c’est chez moi, cher oiseau !

Ici c’est chez moi et soudain je m’appartiens. Sous la peur, des choses à dire. Dans le reflet des vitres, un profil inconnu, attraper mes contours, en sentir soudainement la forme : me prendre en photo. Hop. Mon visage. Mon corps. Mes jambes qui dansent. Mes jambes dans l’eau. Mes jupes qui tournent. Pieds nus, corps léger, coeur qui bat.

Détachée de la trouille. Je saute et j’espère le filet. Il est là. Il est là, immense, moelleux et souple, il est merveilleusement là, m’attendait. Me porte et me supporte. J’ai plongé dans le vide, ouvert mes ailes, donné mon nom, ma voix, mon visage. J’ai ouvert la porte de mon monde. Je suis sortie, libre enfin.

Je suis riche de ma vision du monde, riche de ce que j’ai à donner, riche de ceux qui prendront, riche de ce que j’ai reçu, tellement d’ amour, de tendresse, d’encouragements, de merci. Riche de moi-même et de cet amour né : s’appartenir , être pleinement à soi, se donner sans concession, s’aimer entièrement, se pardonner ce qui cloche, se féliciter d’avancer, s’autoriser la lenteur, le regret, la faute, la maladresse. Se vouer à s’aimer, Soi, toute sa vie.

Voilà, j’ai longtemps cru n’appartenir à personne, et puis un jour, j’ai compris. Et j’ai eu envie de le dire.

*Ce que j’écris ici est quelquefois si personnel que je me réveille la nuit , et , c’est déjà arrivé, j’annule la mise en ligne d’un article car ce que je raconte me déshabille bien trop.

Et puis, je me souviens, le but de cet endroit : donner de mon expérience, donner de mon parcours, dire mes réussites et mes lacunes, mes peurs et mes questions. Se raconter en fait partie.

Et puis je me souviens, mon corps nu, c’est le même que le vôtre, mon coeur à nu, ma vie sans fards et les morceaux que j’en donne, un, deux, ou mille, cela peut servir à quelqu’un. Alors, rien n’est vain.

Il y a un risque. Vous aurez compris que je ne suis pas la Reine du risque et pourtant je sais que pour avoir du sens, un texte, et des propos doivent engager celui ou celle qui l’écrit.

Bon dimanche soir,

Cenina.

nb : image « Toi qui n’appartient à personne » inspirée et extraite du joli compte insta @aquoibonlespoetes

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